Le vif du sujet est atteint à Fukushima

Il a fallu sept ans pour que débutent les délicats travaux d’enlèvement du combustible nucléaire entreposé dans les piscines des trois réacteurs sinistrés. Une première opération de démantèlement qui n’est qu’un hors d’œuvre.

Il a été décidé de commencer par la piscine du réacteur n°3, car la radioactivité y est moindre, alors que vient d’être achevée l’installation d’un couvercle sur le haut de l’édifice, qui est détruit, afin d’éviter toute dissémination radioactive dans l’atmosphère. L’essentiel de ces opérations devront toutefois être réalisées avec des grues télécommandées et elles sont prévues pour durer un an.

Pour les deux autres réacteurs, il va falloir patienter et attendre 2023, le temps que des mesures complémentaires de décontamination et de sécurité, non précisées, soient prises. Le démarrage de ces opérations avait été initialement prévu en 2015.

Les trois piscines contiennent 1.573 barres de combustibles, usagées ou attendant d’être chargées dans le réacteur. Elles continuent de représenter un risque majeur en cas de tremblement de terre, tant qu’elles n’auront pas été retirées de leur piscine de stockage. Celles-ci, accrochées en hauteur sur les structures éprouvées des réacteurs, pourraient céder et se vider de leur eau, entrainant des réactions nucléaires et des fuites radioactives majeures dans l’atmosphère. Le danger, si tout se passe bien et si le calendrier est respecté, ne sera écarté que dans cinq ans.

C’est seulement par la suite que l’opérateur Tepco pourra entrer dans le vif du sujet, l’évacuation du corium des trois réacteurs, ce mélange de débris et de combustible nucléaire hautement radioactif. Au préalable, il sera nécessaire de connaitre sa localisation sur la semelle en béton de chacun des réacteurs, où il semble reposer, sans que l’on sache avec certitude si celle-ci a ou non été percée. Des images ont pu à grande peine être recueillies par des robots télécommandés dans les réacteurs n°2 et 3, mais la radioactivité ambiante s’est révélée trop forte, même pour des robots, dans le n°1. L’exploration doit se poursuivre, tributaire des performances de nouveaux équipements. C’est seulement lorsque des informations moins parcellaires auront été réunies que les méthodes d’enlèvement des coriums pourront être finalisées. Il est désormais question d’opérer par le bas et non plus par le haut des réacteurs. Le calendrier donne pour objectif de commencer les travaux en 2021 dans l’un des trois réacteurs, qui reste à désigner. Est-ce vraiment réaliste ?

Le casse-tête des eaux de refroidissement injectées et contaminées reste sans solution. Tepco est parvenu à limiter à une centaine de tonnes par jour leur augmentation, après avoir tout essayé, mais il ne sait pas entièrement les décontaminer, le tritium s’y révélant rebelle. Dans l’immédiat, le stockage provisoire de cette eau fait souci, les réservoirs risquant de ne pas résister à d’importantes secousses telluriques. Et les pouvoirs publics, tout en essayant de convaincre de la nécessité de déverser dans la mer cette eau contaminée au prétexte de sa relative innocuité radiologique, n’osent pas sauter le pas.

Enfin, combien de centaines de milliers de mètres cube de déchets radioactifs vont devoir au total être entreposés, les conditions d’entreposage dépendant des niveaux de radioactivité ? Des structures destinées à un accueil provisoire voient le jour, mais qu’en adviendra-t-il après ? Le stockage des déchets hautement radioactifs reste une question majeure propre à l’industrie électronucléaire. Quoi qu’il en soit, il n’est pas concevable que le site de la centrale de Fukushima soit rendu vierge à la nature, et cela pour l’éternité à l’échelle de l’humanité. L’espèce humaine y aura imprimé sa marque indélébile.

9 réponses sur “Le vif du sujet est atteint à Fukushima”

  1. Puisse notre ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, te lire François, car il semble avoir quelque peu oublié ce qu’est réellement le risque nucléaire.
    Nocolas Hulot a sorti de son chapeau une drôle de méthode pour parvenir à l’objectif affiché qui est de réduire à 50 % la part du nucléaire dans le mix électrique :

    « Ce n’est pas compliqué, il suffit de faire une règle de trois, mais cela dépendra de la date à laquelle on pourra atteindre les 50%», élude-t-on au cabinet de Nicolas Hulot. Comme s’il ne fallait pas d’abord fixer une date, et ensuite tout mettre en œuvre pour atteindre l’objectif fixé.
    http://www.liberation.fr/france/2018/03/05/baisse-du-nucleaire-chez-hulot-il-est-urgent-d-attendre_1634015

  2. Concernant les catastrophes nucléaires, il faut toujours rappeler cette évidence : un accident majeur n’est pas circonscrit au jour de sa survenue. Fukushima ça n’est pas seulement le 11 mars 2011, c’est chaque jour qui passe, chaque heure…

    Quant à récupérer les coriums, cela relèvera encore pour longtemps de scénarios de SF.

  3. « Le sens de l’histoire va vers l’arrête du nucléaire » a déclaré ce mardi à l’Assemblée Nationale française ,l’ancien premier ministre Naoto Kan , qui dirigeait le Japon au moment de la catastrophe de Fukushima , le 11 mars 2011 . ( agence Reuters , article du 13 mars 2018).

    Le débat va se durcir entre abandon du nucléaire ( c’est pas ce qu’on a entendu récemment en Inde ) et lutte contre le réchauffement climatique .

    Dans les deux cas , enlevez notre espèce et tout devient plus simple .

      1. « Arrêt » bien sur ….

        Mais s’il suffisait d’un arrêté pour supprimer les arêtes de poissons ( ou de poisons ) ….

  4. En plus de la menace de tremblement de terre il y a aussi celle d’un nouveau tsunami.

    Alors que de nombreuses digues on été construites le long des cotes de la région depuis 2011 pour protéger la population, le site de la centrale ñ’est pas mieux protégé qu’il ne l’était à l’époque…

    D’après Asahi Shimbun en anglais 67% des habitants de la régions sont opposés à ce qu’on dilue puis décharge en mer l’eau radioactive contenue dans les réservoirs, 87% sont inquiets de la contamination de la mer que cela provoquerait, 52% inquiets des ‘rumeurs infondées’ sur la contamination des aliments provenant de la mer.

    Je pensais que c’était les pêcheurs qui š’opposent au vidage des cuves en mer (la moins mauvaise solution pour éviter d’inonder le site avant que l’eau contaminée ne š’y déverse) mais l’attachement des japonais aux produits de la mer est suffisamment puissant pour faire hésiter ceux qui décident.

  5. Merci de rappeler que trois risques d’accidents nucléaires sont liés aux risques naturels (tremblement, tsunami) ou techniques (écroulement, fuite d’eau) menaçant les piscines. Il suffirait qu’une se vide pour sans doute provoquer la destruction des trois. Quelle puissance est encore contenue dans les combustibles usés ? Les populations qu’on invite à revenir dans la région seraient-elles exposées à ces explosions ?

  6. Là réside le véritable danger des centrales nucléaires: les combustibles usagés dans des piscines dont l’eau est refroidie par des pompes alimentées par de l’électricité dont on a pensé qu’elle serait toujours présente.
    Mais quid si lors du grand collapse le réseau électrique cesse de fonctionner? La réponse dans Science et vie de Novembre 2017:
    Dans les quelques 200 centrales nucléaires du monde, le combustible usagé était stocké dans des piscines où, en attendant qu’il devienne moins radioactif, donc moins chaud, il était refroidi par une circulation d’eau fraîche. Une fois l’électricité coupée, des groupes électrogènes ont pris le relais, faisant circuler l’eau. Mais deux semaines plus tard, panne d’essence. Le matériau radioactif commence à chauffer les piscines stagnantes, et les hangars de stockage se remplissent de vapeur sous pression. Ils explosent les uns après les autres lors des premiers mois, éjectant dans l’atmosphère chacun autant de produits radioactifs que la catastrophe de Tchernobyl ou de Fukushima en 2011. Dans l’hémisphère Nord, la vie est empoisonnée et les arbres meurent par millions.

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